La violence conjugale est une réalité complexe qui soulève des enjeux à la fois humains, juridiques et familiaux. Contrairement à l’image simplifiée qu’on s’en fait parfois, elle peut prendre plusieurs formes et impliquer des conséquences importantes.

Qu’est-ce que la violence conjugale au regard du droit criminel?

En droit criminel, la violence conjugale ne constitue pas une infraction distincte. Il s’agit plutôt d’un contexte dans lequel une ou plusieurs infractions criminelles sont commises entre conjoints ou ex-conjoints. Les accusations les plus fréquentes dans ce cadre sont :

  • Bris de conditions (ex : communication ou contact malgré une interdiction)

  • Communications harcelantes

  • Harcèlement criminel

  • Introduction par effraction ou violation de domicile

  • Méfaits

  • Menaces

  • Voies de fait

La particularité de ces infractions dans un contexte conjugal, c’est qu’elles sont maintenant traitées avec une attention spécifique par les tribunaux spécialisés en matière de violence sexuelle et conjugale, instaurés au Québec depuis 2022.

Il est d’ailleurs reconnu et codifié qu’une infraction commise en contexte de violence conjugale constitue un facteur aggravant au stade de la détermination de la peine.

Quand les accusations viennent des deux côtés : les plaintes croisées

Il arrive fréquemment que les dossiers de violence conjugale donnent lieu à des plaintes croisées, c’est-à-dire que les deux personnes impliquées s’accusent mutuellement. Ces situations sont particulièrement délicates et nécessitent une analyse fine des faits et du contexte.

Nous vous aiderons à faire valoir votre version des faits et à identifier les meilleures stratégies de défense ou de résolution selon votre situation.

Des conditions pouvant entrainer de lourdes conséquences

Outre les sanctions pénales possibles (amende, probation, incarcération), à la suite d’une condamnation, une accusation dans un contexte de violence conjugale peut entraîner des conséquences importantes et ce, même avant toute condamnation.

Des conditions de mise en liberté peuvent être imposées telles que :

  • Interdiction de contact ou de proximité avec le conjoint ou les enfants

  • Interdiction de retourner à la résidence familiale

  • Interdiction de posséder des armes à feu

Ces conditions, bien que temporaires, peuvent avoir un impact majeur sur la vie quotidienne, notamment en ce qui concerne les droits parentaux ou l’accès au logement.

La Madeleine, Brosseau - Avocates criminalistes
La Madeleine, Brosseau - Avocates criminalistes

Le non-respect de ces conditions – bris de conditions

Il est important de savoir que le non-respect de ces conditions peut entrainer de graves conséquences.

  • De nouvelles accusations

  • La détention du prévenu

  • Impact négatif dans le cadre des négociations entre votre avocat et le procureur de la couronne

Sachez qu’il est possible, dans certains cas, de présenter des demandes de modification des conditions, afin de rayer des conditions ou d’y ajouter certaines exceptions, par exemple.

Contactez-nous afin d’évaluer vos options

Le contrôle coercitif : quand une notion juridique traverse du droit civil au droit criminel

Le 18 juillet 2026 est entré en vigueur le projet de loi C-16 et il introduit une nouvelle infraction criminelle visant le contrôle coercitif dans les relations intimes, l’article 264.01 du Code criminel qui sera effective dans 2 ans.

Cette réforme survient dans un contexte où la notion de contrôle coercitif prend une place grandissante dans notre système judiciaire.

En effet, dans Ahluwalia c. Ahluwalia, 2026 CSC 16, la Cour suprême du Canada a reconnu, en matière civile, que la violence entre partenaires intimes ne se limite pas à des gestes isolés de violence physique. Elle peut également s'inscrire dans un ensemble de comportements coercitifs et contrôlants qui, pris dans leur contexte, peuvent porter atteinte à l'autonomie, à la dignité et à l'égalité d'une personne au sein d'une relation.

Le Parlement franchit maintenant une étape supplémentaire en faisant entrer cette notion dans le Code criminel et en créant une nouvelle infraction.

Comme avocate de la défense, cette évolution m'interpelle profondément.

Je ne remets aucunement en question la nécessité de protéger les personnes victimes de violence conjugale. Ces situations existent et commandent une réponse sérieuse de notre système de justice.

Ma préoccupation porte plutôt sur le choix de l'outil.

Le droit criminel est l'expression la plus puissante du pouvoir de l'État. Il entraîne des conséquences majeures pour la personne accusée : perte de liberté, stigmatisation sociale et conséquences importantes sur la famille et la vie professionnelle.

Traditionnellement, le droit criminel intervient pour sanctionner des gestes interdits clairement identifiés. Avec cette nouvelle infraction, nous assistons à un changement de paradigme : certains comportements qui, pris isolément, peuvent être parfaitement légaux, pourront maintenant contribuer à établir une infraction criminelle lorsqu'ils seront analysés dans leur ensemble. C’est donc dire que l’on entre dans l’appréciation de dynamiques relationnelles parfois complexes, nuancées et hautement subjectives. Ce projet de loi introduit même la notion de sécurité psychologique.

Cette évolution soulève des questions fondamentales.

À quel moment une dynamique relationnelle devient-elle criminelle? Comment distinguer une véritable situation de contrôle coercitif d'une relation conflictuelle, d'une séparation difficile ou d'une dynamique familiale complexe?

Je m'interroge également sur les conséquences pratiques de cette réforme. Dans un contexte de séparation ou de litige concernant les enfants, le système judiciaire devra demeurer particulièrement vigilant afin que cette nouvelle infraction ne devienne pas un outil stratégique utilisé pour obtenir un avantage dans un conflit familial.

Cela ne signifie évidemment pas que les allégations seront systématiquement fausses. Cela signifie simplement qu'une infraction reposant sur l'analyse d'un contexte relationnel exigera une évaluation de la preuve d'une rigueur exceptionnelle.

La présomption d'innocence et l'exigence d'une preuve hors de tout doute raisonnable demeurent des piliers fondamentaux de notre système de justice.

La question n'est pas de savoir si certaines situations de contrôle coercitif existent. La question est de savoir si chaque problème social doit nécessairement devenir un problème criminel. Et lorsqu’elle sera effective en 2028, les tribunaux auront la lourde responsabilité de définir les contours de cette nouvelle infraction, tout en préservant les principes fondamentaux qui protègent chaque citoyen contre une condamnation injustifiée.

Le débat ne fait que commencer !

Conclusion

Les dossiers de violence conjugale sont particulièrement sensibles et complexes. Ils exigent une approche nuancée, respectueuse et stratégique.

Contactez-nous pour une évaluation confidentielle de votre dossier

Foire aux questions (FAQ)

Qu'est-ce que la violence conjugale?

La violence conjugale englobe tout acte de violence physique, psychologique ou émotionnelle entre partenaires intimes.

Est-il possible de modifier une condition qui m’empêche de voir mes enfants?

Oui. Il est possible de faire une demande pour modifier vos conditions de remise en liberté.

Les peines sont-elles plus sévères en cas de violence conjugale?

Il n’y a pas de peine minimale du seul fait que l’infraction ait été commise dans un contexte de violence conjugale. Cependant, il est reconnu et codifié qu’une infraction commise en contexte de violence conjugale constitue un facteur aggravant au stade de la détermination de la peine.